Polémique sur le suisse-allemand, Antonio
Hodgers réplique
Le Temps, 26 mars 2010
Antonio Hodgers, conseiller national (Verts/GE), réagit à larticle dAndreas Auer. Le professeur de droit à lUniversité de Zurich lui reprochait de méconnaître la réalité du dialecte et de faire preuve dune certaine arrogance lorsque le jeune député proposait notamment de reléguer le Mundart à la sphère familiale
Comme certains Alémaniques à la lecture de mon article (LT du 23.03.10), Andreas Auer semble réagir dans son brûlot «Monsieur Hodgers, quavez-vous contre le suisse-allemand?» (LT 25.03.10) plus sous le coup de lémotion que celui de la réflexion. Je persiste à croire quun débat rationnel est possible et nécessaire sur les équilibres linguistiques nationaux.
Contrairement à ce quil laisse entendre, je fais partie de ces rares Romands qui refusent dadopter la posture facile de la «défense de la minorité linguistique». Je pense que les minorités culturelles sont bien traitées dans ce pays, surtout en regard des comparaisons internationales (Belgique, Canada, etc.). Cest pourquoi jai défendu la candidature dUrs Schwaller face aux attaques sur sa latinité et je me suis récemment retrouvé le seul Romand à refuser dintroduire des quotas linguistiques au Conseil fédéral.
De plus, personnellement, jai fait le choix de venir métablir une année à Berne, avant tout pour mieux connaître la culture alémanique. Jy prends des cours dallemand et de suisse-allemand. Dans mon discours et dans mes actes, japplique ce que je crois: aller vers lautre pour mieux le connaître. Notre pays est une Willensnation, ce qui implique une expression renouvelée régulièrement de la volonté de vivre ensemble. Cest bien dans ce cadre que je pose le débat sur les langues.
Je nignore bien sûr pas les différentes variations régionales du suisse-allemand. Mais la mobilité professionnelle, les mariages mixtes et le renforcement du dialecte dans les médias ont tendance à unifier la forme et la tonalité du Mundart. Contrairement aux affirmations dAndreas Auer, je ne dis pas pour ma part que le suisse-allemand est impossible à apprendre puisque je le fais , mais bien que de nombreux Suisses alémaniques le considèrent comme tel. Enfin, je nai jamais envisagé une police des langues en Suisse. Jai simplement évoqué trois scénarios théoriques possibles: freiner le dialecte, en faire une langue nationale ou adopter une langue tierce. Il sagit dhypothèses de travail très diverses. Je précise dailleurs quaucune ne me convainc et que je cherche avant tout le débat, si possible, serein.
Je nai rien contre le suisse-allemand. Au contraire, il est relativement simple dapprentissage et japprécie sa sonorité. Le statut de biculturel dAndreas Auer et sa parfaite maîtrise des trois premières langues suisses (suisse-allemand, allemand, français), lui font ignorer certains trends qui peuvent mettre à mal notre cohésion nationale. Car la plupart des citoyens nont pas sa chance. Lorsquen 1979, la première radio émettait en suisse-allemand, qui se doutait que, 30 ans plus tard, la majorité des programmes radiotélévisés des chaînes publiques le seraient aussi? Quelle sera la conséquence dans le futur du choix du canton de Zurich denseigner langlais avant le français? Et des autres signaux qui montrent que le français baisse chez les jeunes outre-Sarine? Peut-on parler de mobilité universitaire quand, en 2000, la part du dialecte ou situation mixte (allemand et dialecte) dépasse les trois quarts des enseignements en Suisse alémanique?
Cest bien toutes ces questions auxquelles nous devons faire face. Il est facile de qualifier lautre dignorance, darrogance et de despotisme pour éviter le débat. Il est moins facile dy répondre.